Faire venir votre famille au Portugal : Ce que les clients internationaux doivent savoir sur le regroupement familial

Opinion •

10 septembre 2026

Pour un nombre croissant de nos clients internationaux, la décision de s’installer au Portugal est rarement prise seul. Il s’agit d’une décision familiale, presque toujours suivie de la même question : comment, et dans quels délais, mon conjoint, mes enfants ou mes parents peuvent-ils me rejoindre ?

Cet article présente les règles actuellement applicables au regroupement familial au Portugal, explique les changements intervenus ces dernières années et met en évidence les points les plus importants à prendre en compte dans l’accompagnement d’une famille internationalement mobile.

 

1.  Le cadre juridique en bref

Le regroupement familial au Portugal est régi par les articles 98 à 108 de la loi sur l’immigration (loi n° 23/2007 du 4 juillet), telle que modifiée, et est administré par l’Agence pour l’intégration, les migrations et l’asile (AIMA, I.P.), qui a repris les fonctions auparavant exercées par le SEF. Ce régime confère à un ressortissant étranger résidant légalement au Portugal (le « regroupant ») le droit d’être rejoint par certaines catégories définies de membres de sa famille, sous réserve du respect de certaines conditions relatives au séjour, au logement, aux ressources et, dans la plupart des cas, à l’intégration.

Ce droit naît dès lors que le regroupant est titulaire d’un titre de séjour valable depuis au moins deux ans, bien que plusieurs catégories de membres de la famille soient totalement exemptées de cette période d’attente, comme nous le verrons ci-dessous. Il s’agit d’un droit et non d’une faveur discrétionnaire : dès lors que les conditions légales sont remplies, l’AIMA ne dispose pas d’un pouvoir général lui permettant de refuser une demande pour de simples raisons d’opportunité.

 

2.  Qui peut bénéficier du regroupement familial ?

Le droit portugais retient une conception de la famille plus large que certaines autres juridictions européennes, ce qui constitue une bonne nouvelle pour nombre de nos clients. Les catégories pouvant bénéficier du regroupement comprennent :

  • Le conjoint du regroupant, ainsi que le partenaire dans le cadre d’une union de fait dûment prouvée, que cette relation ait été constituée avant ou après l’arrivée du regroupant au Portugal ;
  • Les enfants mineurs ou incapables du couple ou de l’un des partenaires, y compris les enfants adoptés lorsque l’adoption est reconnue par le droit portugais ;
  • Les enfants majeurs non mariés qui restent à charge et sont inscrits dans un établissement d’enseignement au Portugal ;
  • Les ascendants au premier degré du regroupant ou de son conjoint qui sont à leur charge ;
  • Les frères et sœurs mineurs placés sous la tutelle du regroupant, lorsque celle-ci est dûment reconnue par le droit portugais.

Les réfugiés bénéficient d’un régime sensiblement plus souple, conformément aux obligations du Portugal en matière de protection internationale : les membres de la famille peuvent être regroupés quel que soit le lieu où ils se trouvent, les exigences relatives au logement et aux ressources ne s’appliquent pas et, lorsqu’il n’est raisonnablement pas possible d’obtenir des documents officiels établissant le lien familial, d’autres éléments de preuve crédibles peuvent être pris en considération.

 

3.  Ce qui a changé avec la réforme de 2025

Pour les clients habitués à la prévisibilité des systèmes d’immigration de Londres, Dublin ou Singapour, les modifications introduites par la loi n° 61/2025 du 22 octobre rapprochent le régime portugais de ce modèle, tout en introduisant de nouvelles exigences de conformité que les conseillers doivent signaler dès le départ.

En bref :

  • Les mesures d’intégration constituent désormais une condition expresse du renouvellement : les membres de la famille doivent démontrer leur participation à des formations en langue portugaise et à des programmes d’éducation civique, et les enfants en âge scolaire doivent être inscrits dans l’enseignement obligatoire.
  • L’AIMA a reçu un mandat explicite pour organiser et publier sa méthodologie de planification des entretiens et d’évaluation des dossiers, avec pour objectif déclaré d’améliorer la prévisibilité pour les demandeurs.
  • Le délai légal de décision de neuf mois, susceptible d’être prolongé dans des situations exceptionnelles et dûment justifiées, demeure la référence pour la gestion des délais.
  • Des dispenses pour motifs humanitaires concernant les exigences d’intégration restent possibles, à la discrétion du membre du Gouvernement responsable des migrations et sur la base du principe de proportionnalité.

Le regroupement familial demeure un droit, mais il est de plus en plus conditionné à la démonstration d’un effort d’intégration une fois la famille installée au Portugal, notamment au stade du renouvellement. Il convient donc de le considérer comme le début d’un parcours de conformité, et non comme une simple demande ponctuelle.

 

4.  Le seuil financier

À l’exception des réfugiés, les regroupants doivent démontrer qu’ils disposent de moyens de subsistance stables et réguliers, suffisants pour subvenir aux besoins de l’ensemble du foyer sans recourir aux prestations sociales de l’État, ainsi que d’un logement répondant aux normes habituelles de sécurité et d’hygiène applicables à une famille comparable dans la même région.

Le seuil de revenus est calculé par référence au salaire minimum portugais (rémunération minimale mensuelle garantie), fixé à 920 € pour 2026, selon les proportions suivantes :

Membre du foyer

Part du salaire minimum

Premier adulte (le regroupant)

100 %

Chaque adulte supplémentaire

50 %

Chaque enfant de moins de 18 ans ou enfant majeur à charge

30 %

Ce seuil doit être calculé et documenté avec soin dès le début de la procédure, car les mêmes montants devront à nouveau être démontrés lors du renouvellement, parallèlement aux preuves relatives aux mesures d’intégration.

 

5.  La procédure

En pratique, c’est le regroupant (et non le membre de la famille) qui présente auprès de l’AIMA la demande de regroupement pour les proches qui se trouvent encore à l’étranger. La demande doit être accompagnée de documents établissant le lien familial ou l’union de fait, de preuves démontrant que les conditions requises sont remplies (logement et ressources), ainsi que de copies certifiées des documents de voyage des membres de la famille.

Une décision doit être rendue dans un délai de neuf mois, sous réserve des délais plus courts ou des prolongations exceptionnelles applicables à certaines catégories. Tout refus doit être motivé et peut faire l’objet d’un recours juridictionnel, avec effet suspensif lorsque la famille se trouve déjà au Portugal et que le refus repose exclusivement sur l’exigence relative au logement.

Une fois accordé, le titre de séjour du membre de la famille a généralement la même durée que celui du regroupant. Les membres de la famille de résidents permanents reçoivent toutefois un premier titre valable deux ans, renouvelable par périodes successives de trois ans, avec droit à un titre autonome lorsque les liens familiaux perdurent depuis deux ans ou lorsque la famille comprend des enfants résidant au Portugal, voire plus tôt dans certaines circonstances définies, telles que le divorce, le décès du conjoint ou les violences domestiques.

Il existe néanmoins certaines situations particulières qu’il est utile de connaître :

  • Les partenaires en union de fait, y compris les couples de même sexe, sont traités sur un pied d’égalité avec les conjoints, à condition que l’union soit dûment établie, ce qui présente un intérêt pratique réel pour de nombreuses familles internationales.
  • Les conjoints qui vivent en union avec le regroupant depuis plus de cinq ans obtiennent dès le départ un titre autonome, plutôt qu’un titre lié au statut du regroupant.
  • Les enfants majeurs restent éligibles au regroupement familial tant qu’ils sont inscrits dans un établissement d’enseignement au Portugal, ce qui constitue une voie utile pour les familles dont les enfants fréquentent des universités portugaises.
  • L’AIMA conserve le pouvoir d’annuler un titre accordé au titre du regroupement familial lorsqu’il est établi que le mariage, l’union ou l’adoption avait pour seul objectif d’obtenir l’entrée ou le séjour. Le régime reste donc soumis à des mécanismes de lutte contre les abus, et les relations authentiques doivent être correctement documentées dès le départ.

 

6.  Considérations pratiques pour les familles internationales

D’après notre expérience dans l’accompagnement des familles qui s’installent au Portugal, trois éléments font systématiquement la différence entre une procédure fluide et une procédure frustrante :

  • Présenter les demandes dans le bon ordre. Le regroupement familial suppose que le regroupant dispose déjà d’un statut de séjour admissible. Coordonner le calendrier du titre du demandeur principal et celui de la demande familiale permet d’éviter des retards inutiles.
  • Documenter la relation suffisamment tôt. Pour les couples non mariés en particulier, réunir bien à l’avance des preuves de cohabitation, de finances communes et de toute éventuelle formalisation de l’union renforce considérablement le dossier.
  • Accorder au renouvellement la même importance qu’à la demande initiale. Les mesures d’intégration étant désormais une condition légale expresse, les familles devraient satisfaire dès le départ aux exigences relatives à la langue portugaise et à l’éducation civique, plutôt que d’attendre que le renouvellement soit imminent.

Le régime portugais de regroupement familial continue d’offrir des garanties importantes en faveur de l’unité familiale et permet aux ressortissants étrangers résidant légalement au Portugal d’y établir une vie familiale stable. Les modifications introduites en 2025 ont néanmoins rendu le régime plus exigeant, tant par l’introduction générale d’une période minimale de résidence que par l’importance accrue accordée à l’intégration des membres de la famille après leur arrivée.

Chaque situation doit être appréciée au regard de ses circonstances propres, en tenant compte du statut de séjour du regroupant, de la catégorie du membre de la famille concerné, de son lieu de résidence actuel, de la composition du foyer, des ressources financières disponibles et des éléments de preuve permettant d’établir les liens familiaux pertinents.

Obtenir un conseil juridique et planifier la procédure avant le déménagement de la famille peut réduire de manière significative le risque de retards, de demandes d’informations complémentaires ou d’une décision administrative défavorable.

 

Clause de non-responsabilité : Le présent article est fourni à titre d’information générale uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Un avis juridique spécifique doit être sollicité au regard des circonstances propres à chaque situation.

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